Dossier santé : la dépression - Prenons soins de notre santé, combattons la dépression

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Dossier santé : la dépression - Prenons soins de notre santé, combattons la dépression

Dépression : une maladie qui prend la tête

Plus de 9 millions de Français souffrent de dépression. Et où nous sommes les champions d'Europe de la consommation d'antidépresseurs. Selon la Haute Autorité de Santé, la dépression concernerait entre 7% et 15% de la population1. Ce qui est beaucoup par rapport aux 100 millions de femmes, d'hommes et d'enfants souffrant de ce trouble mental dans le monde.

Près de 65 millions de boîtes d'antidépresseurs sont vendues chaque année dans l'Hexagone2. Soit deux fois plus qu'en Italie, Allemagne et Grande-Bretagne. Et nos jeunes ne sont pas mieux lotis. Ils sont près de 40 000 mis sous antidépresseurs avant 18 ans. Quarante mille, c'est beaucoup !

Comportement suicidaire, agressivité, colère... Les risques liés à l'utilisation des antidépresseurs modernes, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont réels. La sérotonine, c'est la substance fabriquée dans le cerveau et qui serait en partie responsable de l'humeur. Les ISRS ( dont le chef de file est le célèbrissime Prozac) viennent combler le déficit cérébral en sérotonine caractéristique de la dépression.

Dès avril 2005, l'Agence européenne du médicament (EMEA) attirait l'attention sur les risques de ces médicaments chez l'enfant et l'adolescent. En février 2006, la Food and Drug Administration américaine (FDA) a rendu publics les résultats d'un travail concernant les suicides et tentatives de suicide survenus au cours d'essais cliniques menés sur la paroxetine, un autre ISRS.

Chez l'enfant, d'abord une psychothérapie !

Chez les adultes traités pour trouble dépressif sévère, la fréquence des comportements suicidaires a été plus élevée (0,32%) que la moyenne (0,05%). Idem chez les jeunes de 18 à 24 ans, avec un taux de comportements suicidaires de 2,19% sous paroxetine contre 0,92% en moyenne2 . Enfin chez les enfants et adolescents, une augmentation des tentatives de suicide et idées suicidaires a été observée avec tous les antidépresseurs.

Il n'est pas étonnant dans ces conditions, que l'AFSSaPS3 ait rappelé, en mars 2006, que " le traitement de première intention des troubles dépressifs chez l'enfant et l'adolescent est psychothérapeutique " . D'ailleurs précise-t-elle, " la dépression chez l'enfant et plus particulièrement chez l'adolescent est fréquemment associée à un risque suicidaire important. La prescription d'antidépresseurs n'est donc pas adaptée aux situations d'urgence. "

Si vous ne vous sentez pas bien, le premier réflexe est d'en parler à votre médecin généraliste. Il est en première ligne. C'est lui qui va diagnostiquer une dépression. Ou à l'inverse, un simple coup de blues. C'est lui aussi qui va éventuellement vous orienter vers une psychothérapie. Alors, psychologue ou psychiatre ? Le psychologue n'est pas médecin. Il traite les " petits " problèmes que peuvent rencontrer les dépressifs légers. Son rôle est de comprendre le patient et de le conseiller. Rien avoir avec un psychiatre, médecin, qui soigne en profondeur. Seul un psychiatre peut réellement prendre en charge un grand déprimé. Quant au psychothérapeute... l'expression ne veut pas dire grande chose. Tout un chacun peut s'autoproclamer psychothérapeute s'il a lui-même suivi une thérapie. Ce n'est donc pas nécessairement un professionnel.

Encadrés :

Antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques : qui fait quoi ?

• Les antidépresseurs soignent la maladie, en agissant sur l'équilibre des neurotransmetteurs dans le cerveau. Ils ont un effet direct sur les symptômes de la dépression : tristesse, sentiment de dévalorisation, difficultés
• de concentration. Ils sont efficaces, mais ce sont des traitements lourds, et qui ne sont pas exempts de risques si leur administration n'est pas strictement encadrée. Ils ne doivent jamais être pris sans prescription médicale. Un syndrome de sevrage est d'ailleurs fréquemment observé à l'arrêt du traitement. Et les femmes enceintes ou allaitantes doivent être encore plus prudentes. Dans tous les cas, seul le médecin peut décider du recours à ces médicaments ;
• Les anxiolytiques ne soignent pas la dépression. Ce sont des " tranquillisants " qui en atténuent les symptômes en calmant uniquement les angoisses. Et tout usage prolongé peut induire une dépendance ;
• Les hypnotiques non plus ne soignent pas la dépression. Ces " somnifères " agissent comme leur nom l'indique, sur le sommeil. Ils font dormir, mais n'améliorent pas la qualité du sommeil qui n'est alors pas réparateur.

En cas de dépression, ces trois types de substances sont fréquemment associés. Une association qui se justifie par le fait que les antidépresseurs agissent toujours avec retard. Il faut attendre pour percevoir les effets apaisants du traitement. Entre 10 jours et 4 semaines...

La dépression est une vraie maladie

C'est un trouble mental caractérisé par des symptômes précis : une profonde tristesse, une perte d'intérêt pour toute activité, un manque d'énergie et une hyper émotivité. Mais pas seulement. Le dépressif souffre parfois aussi de ce que les spécialistes appellent une " abrasion émotionnelle. Il n'accorde plus d'importance à rien. Le sentiment d'être " au bout du rouleau " symbolise bien l'état psychologique du dépressif. Il n'en peut plus de vivre…

Les femmes sont davantage touchées que les hommes. Un constat qui intrigue les spécialistes et qui reste mal compris. Selon l'OMS, la dépression sera bientôt " la 2ème cause de maladie incapacitante, en termes d'arrêt de travail, au niveau mondial " . Enfin ne nous voilons pas la face. La dépression est l'une des principales causes de suicides. Chez le dépressif en effet, le risque suicidaire est de 24 à 36 fois plus élevé que dans le reste de la population !

Des causes très diverses

Il n'y a pas d'explication précise au fait que telle personne sombre dans la dépression, plutôt qu'une autre. Même si le déclencheur est parfois un épisode de stress intense. En revanche, différents facteurs biologiques, psychologiques ou sociaux peuvent, à des degrés divers, se trouver à l'origine d'une dépression.

Tout d'abord les " accidents de la vie ". Une expression assez vague, mais qui a le mérite d'englober des croche-pieds de la vie aussi divers que le décès d'un proche, un divorce voire des difficultés professionnelles importantes. Pour les plus jeunes, il peut également s'agir d'un échec scolaire. L'environnement social aussi, joue un rôle important. Les problèmes d'intégration, de communication, le harcèlement au travail et, particulièrement chez les hommes, le stress professionnel et le chômage... Chez d'autres, le relationnel va jouer un rôle éminent dans l'installation d'une dépression. Par exemple, une rupture amoureuse, familiale ou simplement amicale peut favoriser une évolution vers la dépression.

N'oublions pas le rôle fondamental de la biologie. La dépression, c'est aussi le résultat d'un désordre dans les relations entre les neurotransmetteurs, des substances chimiques importantes localisées dans le cerveau. Que l'équilibre soit rompu, et les troubles s'installent. Enfin depuis près de 60 ans, de nombreuses études ont démontré qu'il existait des familles de dépressifs.


1Ministère de la Santé et des Solidarités, septembre 2006
2La Revue Prescrire, Octobre 2006, Tome 26 N° 276
3AFSSaPS

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